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En 2007, j’aurai vécu trois ’’Nouvelles Années’’ : en France, le 1er janvier ; au Viet Nam (Tet) en février et au Laos (Pimai) à la mi-avril (2). Je ne vous conterai pas le Nouvel An laotien, malgré son caractère festif exceptionnel, car on en trouve un descriptif dans tous les guides ou sur Internet. C’est plutôt une note d’ambiance que je veux vous envoyer. *
Date : 09/07/2007
Auteur : Jean Michel
Tout Français qui parcourt un des pays de l’ex-Indochine pose ou se pose la question : que reste-t-il de l’influence française dans ces -ou l’un de ces- trois pays ?
Pour le Laos, la réponse est ’’maigre’’ : quelques infrastructures, quelques bâtiments notamment publics et une langue ... qui n’est plus guère comprise que par des octogénaires. Pour le reste, et notamment ’’l’oeuvre civilisatrice’’ de notre pays -que ce soit via la religion ou des principes républicains-, peu de choses apparemment (3).
Par contre, ce que les Français ont laissé d’encore bien vivant au Laos, c’est... la pratique de la pétanque (4). Dès que le laotien dispose d’un espace suffisant dans son jardin, il le consacre à l’installation d’une piste de pétanque. Celles-ci d’ailleurs occupent systématiquement les cours de tous les bâtiments administratifs et les remplissent de clameurs et de bruits métalliques de boules qui s’entrechoquent pendant toute la journée, c’est-à-dire pendant les heures d’ouverture des bureaux.
C’est que la pétanque pratiquée ici par toutes les classes d’âge correspond parfaitement au ’’tempérament’’ laotien et incarne parfaitement, en matière d’activité sportive, le ’’Bo Pen Nhang’’ : sans excès physique, un jeu qui se pratique entre ’’copains’’ entre deux gorgées de bière et au son de musiques locales par nature destressantes.
Ce Bo Pen Nhang qui imbibe toute la vie sociale et individuelle donne l’impression -à l’étranger- de vivre ’’un paradis sur terre’’....
C’est d’ailleurs ce que rapportent quasiment tous les voyageurs et résidents de ce pays.
Ainsi, en 1909, Mme Bassene, épouse d’un médecin colonial, écrivait dans son journal : ’’quel délicieux paradis...Luang Prabang sera-t-elle, dans ce siècle des sciences exactes, des profits rapides et du triomphe de l’argent le refuge des derniers rêveurs, des derniers amoureux et des derniers troubadours’’.
Rares sont les voyageurs qui ne montrent pas d’enthousiasme. Je n’ai trouvé comme témoignage un peu plus réservé que celui d’un écrivain anglais, Norman Lewis, parcourant l’ex-Indochine au début de l’année 1950. Ferru d’aventures et d’esprit ’’entrepreneurial’’, en général critique à l’égard des effets de la colonisation française (5), il découvre à Luang Prabang des Français ’’laotisés’’ à la ’’lobotomie réussie’’...
Par contre, un écrivain canadien francophone, Claude Poitvin (6) , contemplant du haut d’un Vat (7) un coucher de soleil sur le Mékong écrit avoir ressenti ’’une caresse d’éternité’’.
Plus prosaïquement, le Directeur français d’un des plus grands hôtels de Luang Prabang, ayant travaillé, au sein de sa chaîne, au Viet nam (Sapa) pendant 5 ans, puis au Cambodge (Siemreap) pendant trois ans et depuis 2 ans au Laos m’a déclaré sa nette préférence pour Luang Prabang ’’parce qu’ici on trouve une qualité de la relation humaine sans autre équivalent dans les pays voisins .et surtout en Europe’’...
Paradisiaque donc semble ce monde laotien, en ce sens qu’il incarne une partie de nous que notre culture ne nous permet pas de connaître ou de développer (8). Ainsi, il semble que pas un parent ne vienne à gronder -ou simplement élever la voix sur- ses enfants et pourtant, ceux-ci débordent d’un respect infini et permanent pour leurs géniteurs.
Au Laos, nous vivons un phantasme éveillé : la confiance des autochtones entre eux et envers les étrangers semble permanente et totale ; l’humilité -vraisemblablement la vertu la plus proche de la ’’Vérité’’- semble être une réalité encore très présente.
Comment est-ce possible ?
En fait, il ne faut jamais oublier que ce ’’paradis sur terre’’ repose sur une ascèse très stricte incarnée par le bouddhisme du petit véhicule.
Devoir quotidiennement quémander sa nourriture auprès des laïcs alors que le soleil n’est pas encore levé ; s’interdire toute possession ; observer un carême de trois mois ; se confesser publiquement devant ses pairs, voila quelques-unes des règles que les moines doivent observer.
Les laïcs quant à eux doivent constamment mener une vie qui leur permet d’acquérir des ’’mérites’’ afin d’échapper au cycle infernal des réincarnations puisque la vie temporelle est synonyme de souffrances.
Certes, les règles énoncées ci-dessus sont des principes... la pratique peut être parfois différente...
Il est aussi vrai que les autres religions ont aussi leurs règles et aussi leurs interdits.
Mais ce qui frappe ici, c’est que ces règles ne semblent pas contraignantes ou appliquées par la contrainte comme dans les cultures occidentales ou musulmanes, mais ’’naturelles’’.
A cette réalité, je ne trouve qu’une réponse explicative: l’exemplarité des dirigeants et des puissants (9).
En lisant quelques contes qui fondent la mythologie historique de ces pays, j’ai été frappé par le fait Rois et Princes semblent davantage se préoccuper de leur salut que de la direction des affaires du monde -puisque celles-ci ne sont pas l’essentiel et que la finalité est l’extinction du monde terrestre-. Ainsi, un des contes légendaires qui structure l’histoire et la culture du Laos (10) commence ainsi : ’’au royaume de Setoutra-Nakhon vivait un Prince qui avait la passion de la charité, se promettait de donner tout ce qu’on lui demandait et d’accepter de servir comme esclave à celui qui en aurait besoin’’..
Puissent les nombreux touristes être bien conscients de ces réalités quand ils découvrent ces cultures, et surtout les actuels dirigeants en être imprégnés...ce qui n’est pas évident...
Jean-Michel Gallet
(1) ’’ça n’est pas grave’’
(2) si cela pouvait ralentir le temps qui passe...
(3) en matière de religion, il est patent que le christianisme n’a guère pénétré dans les pays du ’’bouddhisme du petit véhicule’’ (Laos et Cambodge en ce qui concerne les pays de l’ex-Indochine) à la différence des pays du monde sinisé (le Viet Nam en ce qui nous concerne). Pourquoi ? A dire vrai, je n’ai pas trouvé de réponse totalement satisfaisante. Certes la raison de cette différence est culturelle. Mais qu’est-ce qui dans la culture des ces deux ’’ensembles’’ explique cette différence ? Certains estiment que les représentations religieuses du monde sinisé sont plus proches des thèmes chrétiens que celles du bouddhisme du petit véhicule, ce qui expliquerait la plus grande ’’perméabilité’’ du premier aux religions du monde occidental. Personnellement, j’ai tendance à penser que les valeurs du bouddhisme du petit véhicule semblent tellement en adéquation avec la culture des pays concernes (ou inversement) qu’on voit mal comment une religion étrangère peut se substituer à celle actuellement pratiquée.
En ce qui concerne ce que nous appelons les valeurs ’’démocratiques’’, faut-il rappeler que l’actuel gouvernement ’’démocratique’’ laotien règne sans partage sur le Laos depuis 1975, non pas ’’droit dans ses bottes’’, mais ’’rigide dans ses bottes’’... Les informations télévisuelles semblent très proches de celles diffusées en Corée du Nord, sauf que les Laotiens reçoivent et comprennent aussi les informations thaïlandaises.
(4) aux derniers jeux asiatiques, la seule médaille d’or remportée par le Laos l’a justement été dans la compétition de pétanque.
(5) un Anglais reste un Anglais.
(6) dans ’’chroniques vietnamiennes et d’autres pays orientaux’’
(7) temple
(8) il convient toutefois de tempérer cette assertion par d’autres aspects moins satisfaisants. Deux exemples : même les locaux fuiraient ’’l’hôpital’’ de Luang Prabang.. Pour les soins médicaux, il vaut mieux aller en Thaïlande, ce qui les rend plutôt onéreux. La vie intellectuelle est peu intense -sauf à se passionner pour la culture laotienne-. Ainsi, il est impossible de trouver, sauf peut-être dans quelques grands hôtels, même un journal thaïlandais en anglais. Au restaurant dans lequel je prends habituellement mon petit-déjeuner -et géré par un Australien qui a fait souche ici-, les revues datent de 2002, année de l’ouverture du restaurant. Depuis, personne ne semble s’être soucié du renouvellement du stock de lectures... Mais s’il en était différemment, Luang Prabang ne serait plus Luang Prabang...
(9) ’’l’exemplarité n’est pas une solution, c’est la solution’’ – Einstein
’’le sermon sur la vie de Phra Vet’’
