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Les Vietnamiens et l’économie de marché

Que doit faire tout visiteur qui arrive sur le sol vietnamien ? Pour moi, la réponse est évidente : s’équiper pour pouvoir faire face aux intempéries climatiques, et d’abord à la pluie.

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Certes, en règle générale, le premier contact est trompeur (1). C’est bien souvent le soleil qui accueille le visiteur à son arrivée, en principe à Hanoi ou à Hochiminhville. Mais c’est oublier que le Vietnam est enfant de l’eau. Le pays, avec son importante façade maritime, reçoit, en moyenne,  4 à 5  fois plus d’eau de pluie que le sol français. Il faut bien que le riz pousse dans les rizières. (2).

Mais qu’a donc à voir le climat avec l’économie de marché vue par les Vietnamiens ?


C’est que, fort de l’expérience acquise lors de mes précédents séjours, je me suis, dès mon arrivée à la fin de l’été 2006, mis en quête d’un équipement anti-pluie complet : veste, pantalon, bottes et même une cape de pluie, le tout bien imperméabilisé (3). En effet, je voulais ne pas être trempé jusqu’aux os -notamment en moto-, le jour ou forcément bien proche -la pluie- et bien souvent des -trombes d’eau- arriveraient.
Quête vaine : pas un imperméable, pas un parapluie à la vente, car dehors brillait, imperturbable, un chaud et radieux soleil. Voilà bien un réflexe d’occidental nanti que de vouloir se prémunir à l’avance, en prévision d’un événement futur, bien que certain. Pour un Vietnamien, il est d’autres priorités dans la vie liées aux besoins immédiats.


Quelques jours plus tard, de noirs nuages ont envahi le ciel. Et alors, miracle surgis de je ne saurais jamais où, les vêtements de pluie ont tout à coup débordé des magasins. Bien plus, à chaque coin de rue et à chaque sortie de grand magasin, se sont installés vendeurs et vendeuses à la sauvette. Fruits, légumes ou viandes qui habituellement occupaient les plateaux de leurs palanches ont, tout à coup, été remplacés par -ou ont disparu sous- un amas d’imperméables translucides à trois sous, minces comme une feuille de papier à cigarettes.


Réactivité, adaptabilité, immédiateté, certes, mais aussi gains minimes (quelles marges sur des imperméables à 10 centimes d’euro et des parapluies à 1 euro) dans une chaîne ou une filière dominée par les intermédiaires et qui laisse exsangues fabricants et vendeurs. Selon MM. Cohen et Richard, auteurs de ’’ la Chine sera-t-elle notre cauchemar ou les dégâts du libéral communisme’’, les soutiens-gorge sortent des usines à 0,40 euro la douzaine, ce qui laisse imaginer le salaire d’un ouvrier -ou d’une ouvrière-. Quant au coût du transport d’une paire de chaussettes d’Asie en Europe (3 centimes d’euro), on se demande bien où est la crise de l’énergie. Rares sont les consommateurs occidentaux conscients de ces réalités quand ils se réjouissent de ne payer leur tee-shirt ou leur jean ’’made in Asia’’ quelques euros -tout en dénonçant les délocalisations...- et encore plus rares sont les rapports des thuriféraires de la mondialisation/libéralisation (Banque Mondiale, OCDE.) qui soulignent ces contradictions (4). Certes la question est plus complexe qu’une facile dénonciation. Ce sera d’ailleurs l’objet d’un article que je prépare pour la presse agricole.


Malgré tout, continuons à ’’singing in the rain’’..


Jean-Michel GALLET


 
(1)    il est une chose que tout séjour prolonge au Vietnam -comme dans les autres pays de la région- apprend à l’étranger, c’est de se méfier de ses a priori et de ses premières impressions.
Ainsi, dans un pays qui se dit encore communiste, j’ai participé le 19 mars, avec les jeunes agronomes du centre de recherche auquel je suis rattaché à la réunion préparatoire du 17ème congrès de la jeunesse communiste sous une banderole qui proclamait : ’’non à l’impérialisme et pour une société de solidarité’’ alors que règne ici le laisser-faire économique et que croissent chaque jour à vue d’oeil les inégalités. J’ai d’abord cru à une banderole oubliée la depuis 1975... Eh, non. Il s’agissait bien du thème du 17ème congrès de la jeunesse communiste de 2007. Et lorsque je montrais, du coin de l’oeil aux Vietnamiens ladite banderole, tous me répondaient par un sourire complice. Personne n’est dupe...


(2)    et quand il ne pleut pas, il faut, bien souvent apprendre à vivre avec un taux d’humidité très élevé. L’été, lors de la période de la mousson humide, toute marche équivaut souvent à un passage en sauna. A la mi-mars de cette année, pendant une semaine, le sol et les meubles de mon appartement sont restés constamment humides et que dire des vêtements qui refusent de sécher et qui se couvrent de moisissures ou du frigidaire qui a suinté pendant toute la semaine ou du plâtre du mur qui s’effrite progressivement...., le tout accompagné d’une odeur d’atmosphère confinée. Chaque soir, j’achète mon pain pour le petit-déjeuner du lendemain ; chaque matin, un de mes premiers gestes est de ’’tâter’’ mon petit pain pour connaître le degré d’hygrométrie. Certains jours, je ne trouve qu’une pâte gélatineuse. L’eau est constamment présente au Vietnam. De façon significative, elle est dans toutes les légendes vietnamiennes, notamment celles qui veulent expliquer la naissance du pays.
Je rappelle également que le delta du Fleuve Rouge -ou se situe Hanoi-  était en fait sous les eaux jusqu’au début du quaternaire et que ce sont des dépôts importants d’alluvions qui ont progressivement fait émerger des terres, du reste fort fertiles, mais toujours menacées d’inondations. En été, lors de la mousson humide, la ville de Hanoi se trouve parfois de six mètres en dessous du niveau du Fleuve Rouge. J’espère que les digues tiendront pendant l’été 2007.


(3)    ce qui, lorsque la température oscille entre 30 et 40 degrés, permet de bénéficier d’un sauna gratuit.


(4) évidemment, ce schéma est aussi valable pour les relations commerciales agricoles : les détaillants et surtout les paysans sont pressurés (ces derniers doivent fournir les ’’bataillons’’ de main d’oeuvre pour les activités industrielles) par les intermédiaires.