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Têt, Nouvel An vietnamien
Chuc Mung nam Moi ...en bermuda
Date : 12/02/2007
Auteur : Jean-Michel Gallet
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Bonjour,
Je viens de revenir du Laos où j’ai passé deux merveilleuses semaines, notamment à Luang Prabang, la plus séduisante, selon moi, des villes asiatiques.
Pour mon retour à Hanoi, j’avais préparé une tenue vestimentaire conforme au climat habituellement rencontré au nord Viet nam en ce début de février, à savoir une température oscillant entre 10 et 15 degrés sous un triste et gris crachin... Eh bien, non..Les temperatures dépassent les 25 degrés et les services météorologiques annoncent 32 à 35 degrés la semaine prochaine - celle de la Nouvelle Année- sous un soleil encore un peu faible, mais bien présent... .
S’agit-il d’un effet du gaz à effet de serre, le grand sujet médiatique -et globalement consensuel- de nos pays... je ne sais.. Il existe en tout cas au moins une difference entre le Viet Nam et notre monde occidental : ici, personne n’incrimine les activités humaines comme cause des ’’dérèglements’’ climatiques... D’abord, parce que les évolutions climatiques sont considérées avec un certain fatalisme et surtout et ensuite par ce que quasiment personne ici -peut-être à la différence de la Chine- n’ose élever la voix contre ce qui pourrait être considéré comme une incitation à limiter les activités économiques... Comme le disait il y a quelques décennies un grand dirigeant africain (1) : ’’s’il vous plait, donnez-nous un peu de pollution’’. En tout cas, la Nouvelle Année (’’Nam Moi’’) pourra se fêter cette année au VietNam en bermuda
Car si j’ai quitté mon ’’paradis’’ laotien, c’est surtout par ce que je ne voulais surtout pas manquer ce grand événement que constitue l’arrivée dans la nuit du 16 au 17 février -selon notre calendrier- de la Nouvelle Année, d’autant plus qu’elle inaugurera l’année du cochon qui est justement l’animal sous le signe duquel je suis né...
L’arrivée de la Nouvelle Année est vraisemblablement l’événement public le plus important dans la vie des Vietnamiens. Il se traduit certes par des rejouissances diverses, mais surtout il est l’événement qui incarne le mieux la symbiose entre les réalités du monde et le monde de l’invisible ou du surnaturel..
D’abord quelques mots sur les rejouissances. Quelques semaines avant la nouvelle année, chacun est pris d’une frenesie d’achats, car il faut évidemment offrir des cadeaux à toutes ses connaissances familiales. Les magasins débordent de paquets-cadeaux tout enrubannés, les trottoirs sont envahis par des marchands divers, notamment de fleurs multicolores. Et chaque jour, un nombre croissant de badauds et d’acheteurs envahit les rues pourtant déjà habituellement bondées. On sent alors monter quotidiennement une tension joyeuse..
Une semaine avant l’arrivée du Nouvel An, la vie publique s’arrête progressivement; les administrations ferment, les écoliers sont en vacances, les magasins et les restaurants se retrouvent sans personnel. Car chacun doit fêter le Nouvel An en ’’famille’’, c’est-à-dire bien souvent à la campagne (80 % de la population vietnamienne est encore rurale).
Le terme famille doit évidemment -et c’est la que nous arrivons au caractère ’’surnaturel’’ de cet événement- être pris dans son sens vietnamien. C’est-a-dire qu’il s’agit de la famille des vivants et des morts...en remontant, dit-on, jusqu’à la neuvième génération.
On commence donc par parer l’autel des ancêtres -il trône dans chaque maison- des plus beaux atours, et notamment de cinq fruits de couleurs differentes. Il est de bon ton de placer au centre un pamplemousse au jaune éclatant et des bananes vertes..
Quelques jours avant l’arrivée de la Nouvelle Année -habituellement trois jours-, les esprits des ancêtres montent au ciel pour y rencontrer le ’’Roi’’... Avec lui, ils font le bilan de l’année écoulée, expriment leurs doléances -notamment en cas de mauvaises conditions climatiques qui ont nui aux récoltes- et surtout leurs voeux pour que la Nouvelle Année soit remplie de joies et de bonheurs, mais aussi d’une pluie de dongs (monnaie locale).. Il parait qu’ils se font également les avocats des membres de la famille dont le comportement au cours de l’année écoulée n’a pas être irréprochable et s’engagent, avec l’aide des puissances des cieux, à amender leur comportement...
Dans la nuit qui marque la nouvelle année, les esprits des ancêtres redescendent sur terre, dans leur foyer d’origine. La nuit est marquée de réjouissances diverses et le premier jour de l’an est organisé un grand repas..Les plats sont d’abord offerts aux ancêtres, ces intermédiaires entre le ’’ciel’’ et les vivants avant de réunir toute la famille pour un grand repas. Evidemment, la maison a été nettoyée de fond en comble. Les dettes ont été effacées et ...de bonnes résolutions sont prises. Chaque événement de ce jour est interprété comme annonciateur d’un bon ou mauvais présage. Ainsi, si le premier visiteur est un homme riche, marié et père de plusieurs enfants (c’est-a-dire réunissant les critères de la réussite), cela est synomyme d’une année heureuse...si vous êtes une femme âgée et célibataire, le présage est alors contraire..
Les enfants sont aussi de la fête. Les adultes leur remettent des enveloppes spécifiques dans laquelle ils ont glissé un billet de quelques milliers de dongs.
Les jours suivants sont l’occasion de rencontrer amis et connaissances. Et puis chacun va s’en retourner chez lui... en attendant la prochaine année. Les travaux des champs vont alors s’intensifier...
Toutefois, les festivités ne seront pas totalement terminées, car pendant environ un mois, la plupart des villages vont organiser des fêtes autour du ’’dinh’’, c’est-à-dire la maison communale, lieu ou on trouve le temple, mais aussi les espaces ou se retrouvent les autorités villageoises pour y discuter du destin de leur communauté...
Ce qui me frappe particulièrement est que la célébration de ce Nouvel An -avec son caractère surnaturel- est certes encore très vivant, mais surtout qu’il est vraiment le fait de toute la population, quelle que soit son rattachement philosophique ou religieux...
La vitalité d’un peuple ne se mesure pas uniquement à son taux de croissance du PIB, mais aussi à son respect de sa culture...
Jean-Michel Gallet
(1) Houphet Bouagny