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Un enterrement chez les Hmongs Fleurs

Hmongs Sapa

Hmongs Sapa

Début mars, je me trouvais dans les montagnes vietnamiennes frontalières de la Chine, un des mes lieux de séjour favoris. Paysages superbes et majestueux et surtout possibilité de vivre « avec » les cultures d’ethnies minoritaires -il y en a 54 au Vietnam- (1).

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Ainsi, au hasard d’une ballade dans une zone peuplée de « Hmongs Fleurs » (2), je découvre, au détour d’un chemin, des oriflammes, hauts de plusieurs mètres et parés de décorations faites de papiers multicolores, reproduisant souvent des motifs chinois. De l’autre côté du chemin, des feux de bois chauffaient d’immenses chaudrons dans lesquels était préparée de la nourriture pour des dizaines d’invités. Sous un auvent attenant étaient  dressées de nombreuses tables.
Ma curiosité ayant été éveillée, je m’attardais avec l’espoir d’assister à ce que je pensais d’abord être une fête. Environ une demi-heure plus tard, des femmes Hmongs parées de leurs vêtements multicolores, oriflammes sur l’épaule, se sont engagées dans un petit chemin escarpé et rocailleux. Je me suis joint au cortège pour arriver dans un magnifique cirque montagneux. Dans son centre, j’ai alors aperçu un cercueil fait d’un bois brut, à peine dégrossi et autour duquel s’étaient déjà installées des « pleureuses » dont les lamentations faisaient écho sur les parois du cirque. Autour du cercueil avaient été plantés les oriflammes. Un second cercle était constitué de tables basses autour desquelles s’étaient installés les hommes ingurgitant de grandes quantités d’alcool de riz (3).  Sur un petit monticule, un joueur de tambour et un joueur de khène-orgue à -bouche en bambou- (4) faisaient retentir de mélancoliques et lancinantes mélopées. Quelques hommes dansaient autour d’eux.
Environ deux heures plus tard, les hommes sont venus entamer un dernier dialogue avec la défunte et lui faire d’ultimes offrandes déposées sur le cercueil -en général des tissus-, le tout accompagné de rites spécifiques pour que « l’âme » de la morte trouve la paix ou ne vienne pas importuner les vivants.. La procession a ensuite repris : oriflammes en tête, suivis du cercueil, puis des accompagnants. Nous avons alors pris un petit chemin encore plus escarpé, pendant presque une demi-heure pour arriver au lieu prévu par les chamanes pour la sépulture : une petite terrasse entourée de bambous. Le cercueil fut alors mis en terre et ouvert pour que chacun puisse couvrir la morte -parée de ses plus beaux atours- des cadeaux qu’il souhaitait lui faire pour son « dernier » voyage. Les yeux de la défunte ont alors été clos, la bouche fermée (5). Quelques rituels ont alors précédé la fermeture définitive du cercueil et son ensevelissement avant que chacun ne revienne au point de départ pour un repas ...fort arrosé...
Je n’ai évidemment pu comprendre qu’une petite partie des rituels de cette cérémonie (6). J’ai toutefois pu réaliser un petit reportage photographique de cet évènement rarement fixé sur la pellicule (7).
Mais combien de vies me faudra-t-il  pour avoir le temps de rassembler et de valoriser tous les événements enregistrés sur la vie des Hmongs du Vietnam (mariage, travaux des champs, construction de maisons, marches, ... etc.)


Jean-Michel Gallet 


(1)     cette situation est vraisemblablement amenée à évoluer. Sur 10 ans, j’ai pu constater de profonds changements. Toutefois, tous les témoignages de visiteurs ayant pu comparer les situations de ces ethnies en Chine du sud et au Vietnam soulignent combien, dans ce dernier pays, on est -encore- plongé dans le monde de ces ethnies sans « l’écran », d’une organisation entre le visiteur et les populations autochtones minoritaires.
(2)     La population Hmong compte environ 800 000 personnes. Les Hmongs sont arrivés au Vietnam relativement récemment (au 18ème  siècle), migrant du sud de la Chine vers le Laos, le Myanmar et le Vietnam. Derniers arrivants, ils n’ont eu -au Vietnam- d’autre choix que d’occuper les espaces encore vierges, c’est-à-dire les terres en altitude, au delà de 1 300 mètres. A l’origine, ils étaient des populations nomades (ce qui a déterminé un certain type d’habitat « mobile »-les « mobile-homes » ne sont pas d’invention récente, ils se sont seulement adaptés-) vivant essentiellement de la culture du riz et du mais sur brûlis. Lorsqu’au bout de 3 ou 4 ans, les terres étaient épuisées, ils migraient pour une autre zone avec seulement le « feu/foyer » de leur habitat chargé de symboliser la continuité de la lignée familiale. Depuis quelques décennies, la politique des autorités vietnamiennes vise à les sédentariser, ce qui oblige les Hmongs à pratiquer des cultures en terrasses et à maîtriser le cycle de l’eau. C’est ainsi que les montagnes vietnamiennes se couvrent de terrasses aux couleurs changeantes selon les saisons pour le plus grand plaisir des yeux.
(3)     il m’a fallu, évidemment, comme dans toutes les cérémonies Hmongs accepter de partager l’alcool local de riz.. J’ai ainsi dû ingurgiter 7 ou 8 grands bols de cet alcool à 10 heures du matin. J’ai toutefois pu éviter d’avoir à partager également le sang de poulet ou de cochon. Plus tard, lors de la mise en terre, il m’a encore fallu partager, à 3 ou 4 reprises, le « bol » de l’amitié.
(4)     mot intéressant pour le scrabble ?
(5)     en principe, des objets précieux y ont été déposés
(6)     il me faudra à cette fin reprendre contact avec une des spécialistes de la culture Hmong du Musée de l’Homme à Paris
(7)     j’espère ...que la pellicule a pu fixer cet enterrement, car deux de mes objectifs sont tombés en panne. Il est vrai que des centaines de kilomètres en moto sur des pistes chaotiques ne sont à recommander ni pour la colonne vertébrale d’un quasi-sexagénaire ni pour des appareils bourrés d’électronique. A ajouter également (au choix selon les jours) une poussière qui s’insinue partout ou une humidité suintante...

Pour les faire réparer, j’avais deux solutions : soit lors d’un passage en France soit à Hanoi même. J’ai choisi la seconde solution, car, dans le premier cas, je n’aurais pas pu faire réparer le matériel pendant le temps de mon séjour européen. Au Vietnam, les objectifs ont été réparés en 24 heures (à comparer aux 6 a 8 semaines de délai en France) et pour 20 euros par objectif (en France, le prix demandé aurait été de 10 à 20 fois supérieur), mais évidemment sans garantie.